Billet d'humeur. Comme chaque semaine, Antoine Grenapin livre ses impressions. Aujourd'hui, le journaliste revient sur le week-end de l'Aurore de Vitré. Récit écrit en direct du car des verts et blancs


« Qu’est-ce que c’est bon d’être avec vous ce soir ». En prononçant cette phrase, Gad Elmaleh* résume sans doute le mieux l’esprit de l’Aurore de Vitré. Plus que des basketteurs, se sont des hommes qui, durant huit mois de compétition, ont fait plus que vivre ensemble. Ils ont gagné d’abord. Se sont apprécié ensuite. La dramaturgie de ce quart de finale de la Coupe de France oublié, l’esprit d’équipe, alchimie si difficile à trouver, restait encore. Au-delà des quelques 800 kilomètres apparu jusqu’à Toulouges. Au-delà des 12 petits points d’écart entre l’Aurore et Denain.


Le sport, histoire d’hommes. Même si les voyages en car ont tendance à en fatiguer certain (Erwan Bouvier), le sourire n’a pas quitter le visage des joueurs. Un week-end d’exception, sous le soleil de Canet-en-Roussillon, entre palmiers et plages de sables fins. Un décor idyllique et un challenge motivant : aller à Bercy pour la finale de la Coupe de France. Scénario cinématographique donc. Les puristes diront « tout y était ».

Sauf qu’il y a 80 minutes à jouer et que le destin voulait que l’Aurore voie, durant ces quarts de finales, le miroir d’une saison réussi mais néanmoins teinté de regrets. Ceux des multiples blessés qui ont gonflé l’infirmerie, des quelques matchs lâchés à l’extérieur, de la déculotté infligé à Angers. Il y a eu tout ça samedi face à Denain. Les blessés d’abord : Laurent Zaknoun, déjà incertain depuis le début de semaine (touché à un mollet), Erwan Bouvier (« super captain »), victime d’une entorse lors du match et Elliot Froc. La malchance ensuite, avec l’insolente réussite des rouges de Denain. Fraichement champion de France (N2), les nordistes ont immédiatement imprimé leur rythme sur la rencontre.



Rodrigue Tétaitanuarri, dit
Rodrigue Tétaitanuarri, dit
L’Aurore était touchée, mais jamais coulé. Loic Bourserie, pour répondre à la réussite des artificiers denaisiens, a choisi les muscles. Trancher la raquette et la transformer en place imprenable. Pour ça, le coach vitréen peut compter sur des besogneux, durs au mal : le longiligne intérieur tahitien, Rodrigue Tetaitanuarri, les grands bras de Lionel Ebaka et la défense de fer de Rodolphe Hebert. Les grands font le boulot, heureusement quand on constate que Samy Ouellani, go-to-payer vert et blanc passe à côté. Complètement à côté. Le jeune homme, auteur de 20 points la semaine passée, avait de la pression - sans doute trop – pour montrer à son ancien équipe ce qu’il était devenu : un élément majeur vitréen.


La tragédie se construit, scène par scène et devient quasi-inéluctable. Sur le banc, Laurent Zaknoun rumine sa déception, Erwan Bouvier sa colère. L’acte final arrive à son terme. Il reste deux minutes à jouer. Et c’est dans cette salle sans saveur, aux allures de Miami Arena la semaine passée*, que s’éteint les espoirs, s’achève la saison. Erwan Bouvier craque. Lui, l’ancien professionnel qui a donné sa vie à son sport, pleure. Ces larmes, il nous le confiera plus tard, traduise la déception d’avoir fini l’histoire écrite par ce groupe. Après tant d’années consacrées au basket, le métronome de l’équipe parle de « l’esprit de groupe ». On en oublierait presque le basket. Loic Bourserie et son staff ont réussi à créer une alchimie qui dépasse les parquets. Joueurs le temps d’un match, les vitréens restent amis. Et la bande de potes est aussi bon sur les pistes de danse que dans les salles.


A l’heure où le livre 2008-2009 des verts et blancs est en train de se refermer, la nostalgie de cette saison d’émotion revient dans les esprits. Ils continueront de nous animer en ces temps où le fan de basket se réveille en pleine nuit pour regarder les Play-offs NBA. Et, surtout, de passer l’été en attendant impatiemment d’ouvrir un nouveau livre.





*Selon des choix d’El-Yazid Guirrou, les deux derniers spectacles de Gad Elmaleh ont été diffusés dans le car sur le trajet Vitré- Canet-en-Roussillon
*La semaine dernière, la fédération de handball a organisé le Final Four de la Coupe de la Ligue à Miami. Une salle de 23 000 places occupé, ce week-end par… moins de 2000 personnes



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